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Les États-Unis misent sur le Pérou, et non sur la Chine, pour surveiller le Pacifique Sud
Plus tôt cette année, le département d’État américain a approuvé une vente militaire étrangère de 1 500 millions de dollars pour moderniser et relocaliser la principale installation navale du Pérou, la base navale de Callao, située près de Lima.
Il s’agit d’une véritable installation militaire, le quartier général de la marine péruvienne, et non d’un port commercial. Il importe d’être clair sur ce que cet accord représente réellement.
Il ne s’agit pas d’une nouvelle base américaine. L’installation restera détenue et exploitée à 100 % par le gouvernement péruvien, et l’accord exclut explicitement tout transfert d’armements.
Le Corps des ingénieurs de l’armée américaine agit en tant que contractant principal, assurant la conception, la construction, les études d’ingénierie, la gestion de projet et le soutien logistique.
Jusqu’à 20 responsables ou contractants américains assureront une supervision technique sur un projet dont la durée est estimée à jusqu’à 10 ans.
En avril 2026, le gouvernement péruvien a approuvé l’émission de ses propres obligations souveraines d’une valeur pouvant atteindre 1 200 millions de dollars, spécifiquement pour financer ce projet.
Et dans un mouvement parallèle significatif, Washington venait de désigner le Pérou comme allié majeur hors OTAN, un rehaussement de statut accordant aux forces armées péruviennes un accès privilégié aux technologies de défense et à la formation américaines.
Équitable pour le Pérou, équitable pour les contribuables américains
Cet accord fonctionne parce que les deux pays en bénéficient réellement, et cette équité mérite d’être exposée clairement.
Pour le Pérou, la base reste entièrement sous propriété et contrôle péruviens.
Le Pérou n’accueillera pas de garnison étrangère et ne cédera pas sa souveraineté.
Il achète simplement une expertise supérieure en ingénierie et en construction américaines selon des conditions commerciales, de la même façon que toute nation souveraine acquiert des services d’infrastructure sur le marché ouvert.
Pour les contribuables américains, il ne s’agit ni d’aide étrangère ni d’un prêt de Washington.
Le Pérou finance l’intégralité du projet lui-même, par le biais de ses propres obligations souveraines. Pas un seul dollar de l’argent des contribuables américains ne finance ce projet.
Les entreprises américaines sont rémunérées pour un travail réel, les normes d’ingénierie américaines sont exportées, et Washington gagne une influence stratégique en Amérique du Sud, le tout sans dépenser un centime de fonds publics.
Voilà à quoi devrait ressembler une politique étrangère America First : une puissance et une bienveillance projetées par le commerce et l’expertise, et non par des largesses.
Pourquoi Washington s’y intéresse réellement : le problème de Chancay à proximité
La raison pour laquelle cette modernisation de la base navale est importante va bien au-delà d’une maintenance de routine.
À moins de 80 kilomètres se trouve le mégaport de Chancay, une installation en eaux profondes dans laquelle Cosco Shipping, la compagnie chinoise, détient une participation de 60 %.
Il ne faut pas confondre Cosco avec la chaîne américaine de grandes surfaces Costco, une entreprise sans lien avec elle malgré la similitude des noms.
En janvier 2026, un tribunal péruvien a statué qu’Ositran, le propre régulateur péruvien des infrastructures de transport, ne peut pas réguler, superviser, auditer ni sanctionner les activités à Chancay, donnant raison à l’argument de Cosco selon lequel le port a été financé par des capitaux privés et échappe donc à la portée réglementaire de l’État.
Cette caractérisation mérite un examen sérieux.
Cosco se décrit comme une entreprise à financement privé, mais Cosco Shipping n’est pas une entreprise privée au sens véritable du terme.
Elle est entièrement détenue et contrôlée par le gouvernement chinois par l’intermédiaire de la SASAC, la Commission de supervision et d’administration des actifs appartenant à l’État du Conseil d’État chinois.
La société mère est détenue à 100 % par l’État, et même sa filiale cotée en bourse reste majoritairement contrôlée par cette même société mère étatique.
Le président de Cosco détient simultanément le titre de secrétaire du comité du Parti communiste chinois au sein de l’entreprise, ce qui souligne la supervision directe du Parti au plus haut niveau.
Qualifier un bras de l’État chinois d’investisseur privé, puis utiliser cette étiquette pour échapper à la surveillance réglementaire péruvienne, est une distinction qui ne devrait pas rester sans être contestée.
Le Bureau des affaires de l’hémisphère occidental du Département d’État des États-Unis a qualifié la décision de justice d’« avertissement régional », déclarant sur X : « Nous soutenons le droit souverain du Pérou à superviser les infrastructures critiques sur son propre territoire. Que cela serve de mise en garde pour la région et le monde : l’argent chinois bon marché coûte la souveraineté. »
Cosco a contesté cette caractérisation, insistant sur le fait que Chancay demeure « sous la juridiction, la souveraineté et le contrôle des autorités péruviennes ».
L’Ositran du Pérou a fait appel de la décision, et le Contrôleur général du Pérou a ouvert un examen de conformité.
Le contraste avec Callao ne pourrait être plus saisissant. À Chancay, un tribunal péruvien a limité la capacité du Pérou lui-même à superviser un territoire contrôlé par l’État chinois à l’intérieur de ses propres frontières.
À Callao, à 80 kilomètres de là, le Pérou conserve un contrôle souverain total tout en se modernisant avec l’aide technique américaine.
L’un des arrangements érode peut-être discrètement la supervision péruvienne. L’autre la renforce.
Un récit secondaire : l’élection péruvienne au résultat serré
Cette histoire se déroule sur fond d’une conjoncture politique remarquable.
Au 16 juin 2026, avec 99,033 % des bulletins dépouillés, la candidate conservatrice Keiko Fujimori devance le candidat de gauche Roberto Sánchez d’environ 33 000 voix, soit 50,090 % contre 49,910 %, au second tour de l’élection présidentielle péruvienne.
Il s’agit de la quatrième candidature présidentielle de Fujimori. Elle n’a jamais remporté l’élection auparavant, ayant échoué de justesse face à Pedro Pablo Kuczynski en 2016 et face à Pedro Castillo en 2021.
Les 897 bulletins contestés restants en attente d’examen, provenant pour la plupart de Lima, représentent environ 180 000 voix et penchent en faveur de Fujimori.
Les votes restants de l’étranger favorisent également Fujimori, bien qu’il en reste considérablement moins à comptabiliser.
Les votes en attente dans les zones rurales, historiquement un point fort pour la gauche péruvienne, sont désormais largement épuisés.
Une proclamation officielle définitive est attendue d’ici la mi-juillet, mais les chiffres actuels favorisent une victoire de Fujimori.
Cela a une incidence directe sur l’histoire de la base navale.
Fujimori est depuis longtemps considérée comme une alliée fiable des États-Unis, favorable à une coopération de défense plus étroite avec Washington et à une posture plus ferme face à l’empreinte économique croissante de la Chine au Pérou.
Une administration Fujimori poursuivrait probablement la modernisation de Callao, et l’accélérerait peut-être, tout en adoptant une ligne plus dure sur la question de la supervision de Chancay.
Une administration Sánchez, plus étroitement alignée sur la gauche régionale, aurait peut-être abordé la question avec Pékin de manière très différente.
La vue d’ensemble : des modèles concurrents, sans empire
Cette histoire porte en définitive sur deux modèles d’influence concurrents en Amérique latine.
L’approche de la Chine à Chancay implique un opérateur appartenant à l’État et une décision de justice qui limite la portée réglementaire du pays hôte sur son propre territoire.
L’approche des États-Unis à Callao implique que le pays hôte finance lui-même ses dépenses, conserve la pleine propriété et le contrôle, et achète simplement l’expertise américaine à des conditions commerciales équitables.
Pour Washington, c’est un moyen peu coûteux et peu risqué de rivaliser avec l’influence de type Ceinture et Route sans déployer de troupes ni accorder de prêts.
Pour le Pérou, c’est l’occasion de moderniser un actif militaire vital sans céder un pouce de souveraineté.
Voilà à quoi ressemble une politique étrangère efficace et fiscalement responsable : renforcer un partenaire stratégique, contrer l’empiètement chinois et protéger la souveraineté péruvienne, le tout sans dépenser un seul dollar du contribuable américain.
Telle est la véritable promesse de la base navale de Callao.



