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L’Europe veut une place à la table qu’elle a refusé de défendre dans la diplomatie sans mordant de l’Europe
Le protocole d’accord (MOU) en 14 points entre Washington et Téhéran, signé au château de Versailles à l’issue du sommet du G7 à Évian, en France, ouvre une période de 60 jours pour des négociations nucléaires formelles.
Cependant, l’Europe n’était pas à la table des négociations sur l’Iran.
La médiation a été assurée exclusivement par Oman et le Qatar, sans aucun rôle européen formel dans le processus.
Désormais, la cheffe de la politique étrangère de l’Union européenne, Kaja Kallas, déclare au Parlement européen qu’il existe des « raisons d’un optimisme prudent » et que l’expertise nucléaire de l’Europe rend sa participation « indispensable ».
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi avait lui-même répondu à cet argument des mois avant que Kallas ne le formule.
Il a qualifié l’E3, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, d’« hors-jeu » dans le processus actuel, et a noté que la médiation nucléaire s’était déplacée de l’Europe vers la région, où le travail de fond était accompli par Oman et le Qatar.
Ce verdict, rendu non pas par Washington mais par Téhéran lui-même, cadre tout ce qui suit.
L’histoire de l’Europe avec l’Iran, et l’attitude donneuse de leçons pendant le conflit
L’E3 européen avait bel et bien un poids historique réel dans la diplomatie nucléaire iranienne.
Ses membres ont été les principaux architectes du Plan d’action global conjoint (JCPOA) de 2015, l’accord historique qui limitait le programme nucléaire iranien en échange d’un allègement des sanctions.
Après le retrait des États-Unis en 2018, l’E3 a maintenu un rôle d’intermédiaire entre Téhéran et Washington.
Aussi récemment qu’en juin 2025, les ministres des Affaires étrangères de l’E3 ont rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères Araghchi à Genève pour l’exhorter à la désescalade. Cette histoire est bien réelle.
Ce qui est tout aussi réel, c’est ce qui s’est passé lorsque les combats ont éclaté en février 2026.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a qualifié les frappes américaines de « profondément illégales et profondément injustes » et a refusé d’autoriser les aéronefs américains à utiliser les bases ou l’espace aérien espagnols.
L’Italie a refusé une demande américaine d’atterrissage d’aéronefs sur une base en Sicile.
Emmanuel Macron a déclaré lors d’un sommet de l’UE que défendre le droit international et promouvoir la désescalade était « le mieux que nous puissions faire ».
Il a ensuite ajouté : « Je n’ai entendu personne ici exprimer la volonté d’entrer dans ce conflit, bien au contraire. »
Le secrétaire d’État Marco Rubio a publiquement critiqué les alliés de l’OTAN pour avoir refusé aux États-Unis l’accès à leurs bases pendant la guerre.
Telle était la posture des dirigeants européens tandis que les forces américaines et israéliennes supportaient l’intégralité du coût de l’affrontement avec un régime que l’Europe elle-même avait longtemps désigné comme une menace nucléaire.
L’attitude donneuse de leçons était profondément ancrée.
Chaque condamnation de l’action américaine était enveloppée dans le langage moral du droit international et du processus multilatéral, émanant du bloc même qui avait passé des années à alerter le monde sur les ambitions nucléaires de l’Iran, avant de se mettre à l’écart au moment de passer à l’acte.
Et pourtant, aucun gouvernement européen n’a adressé les mêmes leçons de morale au régime iranien qui fermait la voie maritime la plus critique du monde et menaçait 20 % de l’approvisionnement mondial en pétrole.
Israël, en revanche, a combattu comme un lion pour sa propre survie, sans excuses ni leçons à donner, tandis que l’Europe avait l’audace de condamner Israël et de réclamer de nouvelles sanctions et un isolement contre la seule nation de la région qui avait réellement agi avec détermination.
Le contraste entre l’inaction européenne enveloppée dans une rhétorique morale et l’action israélienne sous une pression existentielle ne pourrait être plus saisissant.
Le moment Hormuz : des promesses formulées seulement après que le danger fut passé
Le président Trump ne s’est pas retenu.
Le 20 mars 2026, il a publié sur Truth Social que les alliés de l’OTAN étaient des « LÂCHES, et nous nous en SOUVIENDRONS, » furieux que les nations européennes se plaignent des prix élevés du pétrole causés par le blocus du Détroit d’Ormuz par l’Iran tout en refusant d’aider à le rouvrir.
Après que les États-Unis et Israël l’eurent largement emporté dans le conflit militaire, le président Trump a publié sur Truth Social que les nations européennes refusaient toujours d’agir : « avec très peu de danger pour elles, elles se plaignent des prix élevés du pétrole qu’elles sont contraintes de payer, mais ne veulent pas aider à ouvrir le Détroit d’Ormuz, une simple manœuvre militaire qui est la seule raison des prix élevés du pétrole. Si facile à faire pour elles, avec si peu de risque, » a-t-il écrit.
Il avait également dit directement à la Grande-Bretagne de « rassembler un peu de courage tardif, aller au Détroit, et simplement le PRENDRE. »
La mission navale multinationale dirigée par le Royaume-Uni et la France, soutenue par quelque 40 nations dont le dragueur de mines allemand Fulda, était explicitement conditionnée dès le départ à un cessez-le-feu : elle ne procéderait pas tant que les combats seraient en cours.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a rendu cette condition explicite.
La mission n’est devenue « prête à être déployée » que le 16 juin, le lendemain de l’annonce du protocole d’accord (MOU).
L’Europe a organisé une coalition navale très médiatisée pour une guerre qui avait déjà été gagnée par d’autres, dans des conditions qui garantissaient qu’elle ne serait jamais mise à l’épreuve du feu.
C’est là la diplomatie sans mordant de l’Europe dans sa forme la plus transparente : bien organisée, bien annoncée, et parfaitement sûre.
Chacun pour soi : la ruée bilatérale de l’Europe vers l’énergie
Tandis que l’Europe revendiquait collectivement la position morale supérieure, les dirigeants européens prenaient discrètement l’avion vers le Golfe pour sécuriser leurs propres approvisionnements énergétiques nationaux.
Giorgia Meloni s’est rendue en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis en avril 2026, première dirigeante de l’UE à visiter la région depuis le début de la guerre, afin de protéger les approvisionnements italiens en pétrole et en gaz naturel liquéfié (GNL) après que le Qatar eut suspendu 10 cargaisons.
Friedrich Merz a effectué une tournée en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis en février 2026 avec une importante délégation d’affaires comprenant des dirigeants d’Airbus, de Deutsche Post et d’Uniper, afin de consolider des partenariats énergétiques et de réduire la dépendance allemande à l’égard des États-Unis comme de la Chine (sic).
Le géant énergétique public français TotalEnergies a discrètement dominé le marché du pétrole brut au Moyen-Orient en mars 2026, raflant des dizaines de cargaisons de pétrole alors que les perturbations liées à la guerre créaient ce qu’un rapport a qualifié d’« ouverture historique pour les négociants, » générant un bénéfice exceptionnel estimé à 1 000 millions de dollars.
Tout cela tandis que Macron dispensait des leçons morales à Paris sur l’illégalité de cette même guerre qui remplissait les caisses de TotalEnergies.
L’UE dans son ensemble a augmenté ses importations de GNL en provenance de Russie de 84 % en glissement annuel entre mars et mai 2026, selon l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis (IEEFA), tout en condamnant l’effort de guerre des États-Unis qui avait déstabilisé la chaîne d’approvisionnement du Golfe en premier lieu.
Ce n’était pas de la solidarité européenne. C’était chacun pour soi, avec un communiqué de presse commun pour dissimuler la ruée.
L’écart se réduit, et le charme ne peut le dissimuler
Spurgeon a écrit : « La religion des deux Testaments, Ancien et Nouveau, se distingue par des témoignages fervents et francs contre le mal. Tenir des propos apaisants en pareille circonstance relève peut-être du sentimentalisme, mais ce n’est pas du christianisme. C’est une trahison de la cause de la vérité et de la justice. »
Ce que Spurgeon a écrit de l’Église s’applique avec une force égale à la communauté des nations.
Un bloc qui tient des propos apaisants sur le droit international tout en refusant d’agir lorsqu’un régime hostile ferme la voie maritime la plus critique du monde n’a pas pris la position morale supérieure.
Il a simplement trouvé un siège plus confortable depuis lequel regarder les autres payer le prix.
Le sommet du G7 à Évian a résumé la contradiction en une seule image.
Le chancelier Merz s’est approché du président Trump et lui a remis un maillot allemand personnalisé pour la Coupe du Monde, avec « Trump 47 » dans le dos.
Macron a offert aux sept dirigeants des vélos de route personnalisés, fabriqués par un constructeur français. Meloni a ri chaleureusement de l’autre côté de la table.
Ce sont là les gestes de dirigeants qui comprennent que l’homme qu’ils ont passé des mois à sermonner vient de remodeler le Moyen-Orient sans eux, et que la chaleur humaine est peut-être désormais la seule monnaie d’échange qui leur reste.
Trump a déclaré, au plus fort du conflit, qu’il se souviendrait du manque de soutien du Royaume-Uni. Il n’est pas connu pour oublier.
Ce que cela révèle sur le rôle futur de l’Europe dans les affaires mondiales
Il fut un temps où la France était la championne de la liberté parmi les nations, et où la Grande-Bretagne régnait sur les mers et façonnait l’ordre mondial.
En juin 2026, le continent européen, même uni au sein de l’UE, cherche à rester pertinent dans un conflit qu’il a choisi d’observer à distance.
La capacité militaire de l’Europe s’est atrophiée au fil des décennies, conséquence directe du parapluie sécuritaire américain qui a permis aux gouvernements européens de financer de généreux programmes sociaux plutôt que des budgets de défense.
Lorsque le coût de cet arrangement s’est manifesté sous la forme d’une guerre au Moyen-Orient menaçant l’approvisionnement énergétique de l’Europe, les dirigeants du bloc ont répondu non pas avec détermination, mais par des leçons de morale, des engagements navals conditionnels et des accords bilatéraux sur les carburants négociés discrètement.
Mark Carney et Emmanuel Macron rêvent peut-être d’un nouvel ordre mondial mené par l’Europe, fondé sur les institutions et les normes plutôt que sur la puissance militaire. Mais le protocole d’accord (MOU) a été négocié par l’intermédiaire d’Oman et du Qatar. Le détroit d’Ormuz a été sécurisé par la force américaine et israélienne.
Les négociations nucléaires de 60 jours à venir seront menées par Washington et Téhéran.
Si la Chine continue de s’imposer comme superpuissance mondiale, ce que la guerre technologique sino-américaine dans le domaine de l’IA a déjà préfiguré, le monde des prochaines décennies laissera peut-être encore moins de place à la puissance douce européenne qu’en juin 2026.
Une posture de donneur de leçons peut préserver la réputation d’un continent le temps d’une saison. Elle ne saurait se substituer au courage, à l’engagement ou à la volonté d’agir lorsque le mal exige une réponse.
L’Europe n’est pas encore hors-jeu. Mais elle évolue dans cette direction, une mission navale conditionnelle, un accord énergétique bilatéral et un communiqué aux termes fermes à la fois.



