This post is also available in:

Une croix gammée faite de restes humains expose l’Africa Corps au Mali
Le 23 juin 2026, une patrouille conjointe des Forces armées maliennes et de l’Africa Corps aurait tué quatre bergers civils près des villages de Zarho et d’Abakoïra, dans le nord du Mali.
La radio française RFI, source principale et indépendante de cette information, a rapporté que des habitants ont découvert deux corps après le passage de la patrouille.
Les restes démembrés d’une victime avaient été disposés en forme de croix gammée sur le sable, la tête tranchée placée au centre des membres.
Une frappe de drone distincte, menée par la même patrouille, a tué deux jeunes hommes à moto à proximité.
L’organisation locale de défense des droits humains CD-DPA a confirmé que les quatre victimes étaient des bergers civils connus, sans aucun lien avec des groupes armés.
Son secrétaire général, Tilla Ag Zeini, a déclaré à RFI : « Quand on trouve un être humain découpé pour former un symbole nazi, par une armée régulière, c’est vraiment choquant. »
L’Africa Corps n’a fait aucun commentaire public. L’armée malienne n’a pas répondu.
Nous notons que cette information a été relayée par UNITED24 Media, une publication financée par le gouvernement ukrainien, ainsi que par plusieurs médias pro-ukrainiens.
Nous la rapportons sur la base des sources indépendantes de RFI, et non des leurs.
Le Mali fait partie du Sahel, l’une des régions les plus négligées et les moins couvertes par les médias dans le monde. Nous avons abordé ce sujet dans notre article sur le djihad oublié de l’Afrique.
Cet article se concentre spécifiquement sur le Mali, et sur les forces qui étaient censées apporter la sécurité mais ont engendré un autre type de terreur.
L’Africa Corps et son rôle au Mali
L’Africa Corps n’est pas une organisation indépendante.
C’est une force paramilitaire contrôlée par l’État russe, successeur direct du Groupe Wagner, placée sous le contrôle formel du ministère russe de la Défense après la mort du fondateur de Wagner, Yevgeny Prigozhin, dans un accident d’avion suspect en août 2023.
Wagner lui-même a longtemps été associé à la symbolique nazie, une histoire que RFI a rappelée en couvrant l’incident du 23 juin.
Le groupe est composé principalement de vétérans militaires russes, de criminels condamnés recrutés dans les prisons russes, et de plus en plus de recrues africaines attirées par de fausses promesses d’emploi.
L’Africa Corps opère au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Libye, en République centrafricaine, au Soudan et au Mozambique, ce qui en fait le principal outil militaire et d’influence de la Russie sur le continent africain.
Au Mali, il est arrivé après le coup d’État militaire de 2021, lorsque le chef de la junte, le général Assimi Goïta, a expulsé les forces françaises et les Casques bleus de l’ONU, invitant la Russie à leur place.
L’arrangement est familier : des garanties de sécurité pour une junte fragile en échange d’un accès russe à l’or, à l’uranium et à d’autres minerais stratégiques.
En avril 2026, trois organisations internationales de défense des droits humains, TRIAL International, l’Union panafricaine des avocats et la Fédération internationale pour les droits humains, ont déposé une plainte historique devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.
Elles cherchent à tenir le Mali responsable des violations commises par les Forces armées maliennes et le Groupe Wagner, qui était alors présenté au monde comme une société militaire privée, bien que ses liens avec l’État russe n’aient jamais été véritablement privés.
C’est la première affaire de ce type jamais déposée contre un État pour avoir accueilli ce qui était présenté comme un contractant paramilitaire indépendant.
Un schéma documenté, et non un incident isolé
L’incident du 23 juin est horrifiant. Il n’est pas non plus isolé.
Human Rights Watch, après avoir interrogé 29 témoins et responsables communautaires entre février et mai 2025, a documenté que les Forces armées maliennes et les combattants Wagner/Africa Corps ont commis des dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées d’hommes d’ethnie peule depuis janvier 2025.
Le 23 janvier 2025, des soldats sont entrés dans le village de Kobou, ont tué trois hommes peuls, dont deux retrouvés les yeux bandés et les mains liées dans le dos, et ont incendié 30 habitations.
En avril 2025, environ 100 hommes ont été arrêtés sur un marché à Sebabougou, dans la région de Kayes. Une soixantaine d’entre eux ont été conduits dans un camp militaire où ils auraient été torturés.
Leurs corps, environ 65 au total, ont été retrouvés par la suite éparpillés aux abords du camp, selon les rapports du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).
Le 12 mai 2025, des soldats et des membres de milices à Diafarabé auraient arrêté des hommes peuls sur un marché à bétail, les auraient bandé les yeux et ligotés, conduits dans un cimetière, puis exécutés.
Amnesty International et la Fédération internationale pour les droits humains ont condamné l’attaque.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a documenté des centaines d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations arbitraires et de disparitions forcées au Mali pour la seule année 2025.
Des experts de l’ONU ont déclaré que ces disparitions forcées pourraient constituer des crimes contre l’humanité.
Pas de bons combattants s’affrontant : des civils pris entre deux formes de terreur
Dans notre article sur le djihad oublié d’Afrique, nous avons documenté les atrocités commises par le JNIM (affilié à Al-Qaïda) et l’ISSP (affilié à l’État islamique) contre les communautés civiles au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
Nous maintenons ces informations.
Mais la vérité nous oblige à affirmer clairement que les victimes de ce conflit ne sont pas seulement tuées par des djihadistes. Elles sont également tuées par les forces censées les combattre.
La communauté peule, un peuple pastoral majoritairement musulman, a également été systématiquement prise pour cible par l’armée malienne et Africa Corps, au motif que tous les Peuls seraient des sympathisants djihadistes, une accusation que Human Rights Watch, le HCDH et les groupes locaux de défense des droits ont constamment rejetée.
Les civils pris dans ce conflit ne disposent d’aucune armée ni d’aucun mercenaire étranger pour les protéger.
Ils font face au JNIM qui entre dans leurs villages pour recruter de force et imposer la charia.
Ils font face aux patrouilles de l’armée malienne qui les exécutent sur simple soupçon de liens avec les djihadistes.
Et ils font également face aux combattants d’Africa Corps qui, selon les rapports documentés de Human Rights Watch, du HCDH et de RFI, traitent les vies civiles comme négligeables dans une guerre qui porte aussi sur l’accès de la Russie aux minerais maliens.
Il n’y a pas de bons combattants dans ce conflit, à l’exception des populations vulnérables prises entre tous ces acteurs.
Le Mali en bref : l’un des pays les plus pauvres et les plus oubliés du monde
Le Mali est une nation enclavée d’Afrique de l’Ouest d’environ 22 millions d’habitants, faisant partie de la bande sahélienne que nous avons couverte dans de précédents articles.
C’est l’un des pays les plus pauvres de la planète, avec un PIB par habitant d’environ 900 dollars par an, soit environ 75 dollars par mois.
Le Mali est musulman à environ 95 %, avec de petites minorités chrétiennes et animistes concentrées principalement dans le sud.
Ses richesses minérales comprennent d’importants gisements d’or (le Mali est le troisième producteur d’or d’Afrique), de l’uranium et d’autres ressources stratégiques, ce qui constitue le principal moteur de l’intérêt russe.
Le Mali est en état de guerre civile depuis 2012, lorsqu’une rébellion touarègue et une infiltration djihadiste ont fracturé l’État.
Trois coups d’État militaires depuis 2020 ont mis fin à toute gouvernance civile restante.
La force djihadiste dominante au Mali est le JNIM, l’affilié d’Al-Qaïda. L’ISSP (ISIS-Sahel) s’étend depuis la région des trois frontières vers l’intérieur du Mali.
L’opération Barkhane de la France a pris fin en 2022. Les forces américaines ont été expulsées de la région élargie à la suite du coup d’État au Niger en 2023.
Ce qui subsiste dans la capitale malienne Bamako est une junte qui a interdit les partis politiques, accordé à son chef un mandat présidentiel renouvelable de cinq ans sans élections, et invité des mercenaires russes dont les antécédents documentés attestent qu’ils ont tué les civils mêmes qu’ils étaient censés protéger.
Pourquoi cela importe : les intérêts américains, occidentaux et chrétiens dans une guerre oubliée
La communauté internationale s’est concentrée sur l’Ukraine, l’Iran et Gaza.
Le monde a trouvé le temps de débattre des frontières de l’Ukraine et du programme nucléaire iranien.
Il n’a pas trouvé le temps pour le Mali, ni pour les civils qui souffrent sous l’Africa Corps au Mali et les groupes djihadistes qui les encerclent.
Mais les enjeux au Sahel sont réels et croissants.
Pour Washington et les partisans America First du président Trump, l’Africa Corps au Mali représente une expansion russe directe dans des territoires riches en minerais sur lesquels les États-Unis exerçaient autrefois une influence.
L’or et l’uranium du Mali sont des ressources stratégiques. La présence de la Russie ici n’est pas de la charité. C’est de l’extraction, enveloppée dans le langage de la souveraineté africaine.
Pour l’Europe, le Sahel est un pipeline de pression migratoire. Chaque village brûlé, chaque famille déplacée, chaque jeune homme qui ne voit aucun avenir sous les djihadistes ou les juntes est un migrant potentiel qui se dirige vers le nord, à travers l’Algérie et la Libye, vers la Méditerranée.
Pour les chrétiens américains et internationaux, c’est une région où les groupes djihadistes et les forces soutenues par la Russie ont ciblé des civils de manière indiscriminée, et où certaines des communautés minoritaires les plus petites et les plus vulnérables n’ont ni défenseur ni voix.
Nous prions pour les civils du Mali, en particulier ceux qui n’ont aucun pouvoir, aucune protection et aucune voix.
Ils sont pris entre une insurrection djihadiste qui veut imposer un califat, une junte qui interdit les élections, et une force paramilitaire russe qui a montré qu’elle était capable d’arranger un corps humain en symbole nazi et de repartir sans commentaire.
Que Dieu les protège, et que le monde choisisse de les voir.



